C’est quoi l’archéologie sociale ?

L’archéologue social ce n’est pas l’étude des cultures par le biais des méthodes auxiliaires de la description, mais plutôt l’étude des parcours historiques des populations et de leurs masses par l’explication de leurs vestiges.

Parce que le travail de l’archéologue est de trouver des explications aux processus de changement social et de développement des groupes humains dans leur perspective historique.

Le rôle de l’archéologue social ne se limite pas à une simple description culturaliste des outils en pierre ou en os, ou de la faune trouvée dans des fouilles, ni à la préservation ou la reconstruction de sites monumentaux au service de l’industrie touristique, ni à la douteuse nostalgie d’un passé présumé glorieux.

Mais, est-ce que le rôle de l’archéologue social doit se limiter à la compilation de statistiques, voire à la reconstruction et à l’interprétation des modes de production et des relations sociales du passé ?

Tout son travail doit avoir un but social. C’est à dire qu’il doit interpréter le passé pour comprendre le présent, et de cette manière avoir un impact sur la société actuelle, en la modifiant (XIème thèse). Comme l’exprime bien le Dr Luis Felipe Bate, il devra assumer le compromis politique de travailler à partir de l’archéologie pour générer un contenu critique de la réalité et améliorer les conditions d’existence.

La différence fondamentale entre les archéologues traditionnels et les archéologues sociaux se trouve dans l’interprétation des données obtenues. Le premier en restera seulement à la phase de description et de présentation du matériel afin de l’exposer, pendant que la classification des matériaux amènera le second à établir le développement des forces productives afin de les comparer à celles d’autres groupes homotaxiaux. Une fois cela fait, il pourra reconstruire les relations sociales de production, ce qui lui permettra d’établir un mode de production.

Selon Lumbreras, son travail sera donc de comprendre cette reconstruction en termes de Processus.

Nous pouvons illustrer ce propos, par exemple, en montrant comment les théories sur la chute de Tiwanaku en 1187 arrivent toutes à des conclusions culturalistes erronées. Depuis 30 ans, l’Université de Chicago et son Institut d’Archéologie Latino-Américaine, dirigé par le Dr Alan Kolata selon les méthodes de l’archéologie culturaliste, a développé la thèse que Tiwanaku s’est effondré à cause d’un cataclysme qu’ils appellent « collapsus écologique ». Au contraire, en partant de l’archéologie sociale et de la méthodologie post-processuelle, nous avons constaté que dans le parcours historique des peuples, jamais un Empire n’est tombé à cause d’une catastrophe climatique (pas même celui des palais Minoens).

Aussi, quand nous avons bénéficié d’un permis archéologique sur Tiwanaku octroyé par l’autorité compétente bolivienne, nous sommes partis des principes post-processuels pour établir que les Empires (et dans ce cas, un Empire de 650.000 km2 avec de nombreux « étages écologiques ») ne tombent pas à cause d’adversités climatiques, mais à cause de l’épuisement de leur modèle politique, ce que nous avons pu facilement démontrer avec les preuves que nous avons publiées en temps opportun.

C’est là la différence fondamentale entre le culturalisme et l’archéologie sociale : pendant que pour les uns l’histoire dépend de la nature ou de l’homme, pour les autres l’histoire est un processus conditionné par le développement des forces productives.

Il est à noter que, s’il y a un consensus entre les archéologues sociaux quant à leur fonction, il y a peu études qui ont atteint leur objectif.

Extrait de l’article 53 CONGRÈS INTERNATIONAL D’AMÉRICANISTES